Éditorial de M. l’Abbé SpinozaAbbé Spinoza - Octobre 2013

Chers amis bienfaiteurs, Présidents d’associations et de fondations,

La Fraternité Enseignante des Cœurs de Jésus et de Marie a été érigée canoniquement[1] au titre d’une association privée sous la gouvernance morale du Révérend Père Abbé de Randol le 22 Août 2013 à l’Angélus, jour de la Fête du Cœur Immaculé de Marie. L’Angélus, après concertation avec le Supérieur Général de l’Institut du Bon Pasteur, le 5 octobre 2013, devient la Maison-Mère de la Fraternité Enseignante. Ce statut canonique constitue une première étape et, si Dieu veut, est appelé à évoluer vers une structure ecclésiale plus large sans modifier le charisme propre de la Fraternité.

Pour quelles raisons avons-nous décidé de fonder une nouvelle Fraternité alors que l’Europe connaît une véritable crise spirituelle ? Il n’est nullement question d’une nostalgie des temps passés mais plutôt d’une réponse, à notre petite échelle, à la crise d’identité que notre pays et l’Occident en général connaissent. Ce qui consterne les âmes de bon sens est la décadence spirituelle, morale et intellectuelle de nos jeunes générations. Sans vouloir brosser un tableau trop sombre, la Fraternité entend s’inscrire dans la dynamique de l’évangélisation ou plutôt de la nouvelle évangélisation à laquelle nous sommes appelés en tant que chrétiens. Il faut reconnaître qu’au milieu des turpitudes sociales, nous assistons à l’émergence de nombreuses écoles indépendantes en France. Il existe donc une force vive et la Fraternité entend contribuer à cette belle mission qu’est l’instruction des enfants et des adolescents afin que ceux-ci deviennent des témoins du Christ dans la Cité.

C’est donc dans l’esprit des grands ordres enseignants que sont les jésuites, les frères des écoles chrétiennes ou encore les salésiens que la Fraternité entend s’inscrire. Il ne s’agit pas de réinventer la pédagogie. Nous laissons ce travail aux spécialistes ! Non, il est question de reconstruire, à partir de méthodes qui ont fait leur preuve, des écoles dirigées par des éducateurs religieux, ecclésiastiques et laïcs.

Cela peut paraître audacieux voire téméraire. La vieille Europe connaît une pénurie de prêtres et de religieux sans précédent. L’image même du frère a été dévalorisée et même parfois dénigrée. Le problème de la « reconnaissance » sociale est mis au-devant de la scène. Les gens du monde (et même parfois le milieu ecclésiastique !) considèrent, à tort, que le frère est un « prêtre loupé ». C’est donc réduire la vocation, appel de Dieu, à une fonction « utilitariste ». Tous ces éléments ont conduit à cette pénurie qui voit les frères enseignants de tous ordres confondus diminuer de manière dramatique. En fin de compte, c’est l’essence même de la vie religieuse qui est méconnue. Le frère est celui qui donne son être, sa vie à Dieu. La gratuité, le désintéressement sont les deux principales vertus d’un frère enseignant. Nous oublions que de nombreuses générations ont été sanctifiées par les Frères, les « chers frères » qui transmettaient leur science, leurs savoir-faire. Ils étaient de véritables « paratonnerres » par leur vie régulière alimentée par une vie de prière et d’oraison qui apporte davantage que toutes les recettes pédagogiques contemporaines. Ils allaient à la source, l’Eucharistie et l’oraison qui font les saints. Leur don d’eux-mêmes les accompagnait dans leurs actions auprès de leurs élèves et leur inculquait ce talent, cet art qu’est l’éducation chrétienne. Leur disponibilité, leur écoute, leur présence auprès des garçons est unique. Voilà une des raisons qui nous fait croire que la Fraternité Enseignante a sa place malgré les vicissitudes et les contraintes de notre monde.

Pourquoi des prêtres consacreraient-il leur ministère, de manière exclusive au service des écoles ?

Nous trouvons encore quelques aumôniers au sein des écoles qui peuvent, au milieu de nombreuses occupations pastorales, accorder un peu de temps. Mais cela s’avère insuffisant. Certains diront qu’il y a une cinquante d’années, les nombreuses vocations permettaient de disposer de suffisamment de prêtres pour placer certains d’entre eux dans les établissements scolaires. C’est certainement vrai. Il y a toutefois des objections majeures.

L’exercice du sacerdoce au sein d’une école demande une vocation spécifique, une disposition naturelle à la maîtrise de cet art qu’est l’éducation. Or, il faut reconnaître que tous les prêtres, malgré le sacerdoce, n’ont pas ce charisme. Il y a ainsi des actions éducatives qui n’ont pas toujours été heureuses… A contrario, l’expérience a montré que la présence et l’exercice sacerdotal dans un cadre scolaire ont suscité d’authentiques chrétiens et de nombreuses vocations religieuses et sacerdotales. Si nous prenons, l’exemple de lycées hors-contrat tenus directement ou indirectement par des prêtres, nous constatons que de nombreux jeunes gens sont entrés au séminaire. La possibilité d’assister à la Sainte Messe de manière régulière, de recevoir le sacrement de pénitence et de bénéficier d’un suivi spirituel a permis « aux élus » d’entendre l’appel « du Maître des moissons ». D’autre part, il me semble qu’il y a certainement des confrères qui auraient souhaité exercer leur sacerdoce au sein des écoles. Cela est d’autant plus vrai que de nombreux prêtres ont fait, avant d’entrer au séminaire, des études supérieures qui leur permettraient d’enseigner les sciences profanes (ce qui ne garantit certes pas pour autant la qualité pédagogique d’un enseignant). C’est une raison supplémentaire qui nous fait croire que la Fraternité Enseignante répond aux besoins de notre monde contemporain et donc à une action ecclésiale essentielle pour l’Évangélisation. Il est faux d’affirmer que « le temps » des frères et pères enseignants est révolu.

La Providence nous propose donc une nouvelle aventure….. Je ne puis que solliciter vos prières afin que, si Dieu veut, des prêtres, des religieux, des novices se présentent aux portes de l’Angélus. Prions que de nouvelles écoles sous l’égide de la Fraternité Enseignante, puissent voir le jour d’ici quelques années. Enfin, je sollicite également le soutien matériel pour notre fondation. Il faut absolument achever les travaux en cours au sein de notre maison-mère et commencer la rénovation de « la maison des frères ».



[1] Cette fraternité est une association privée canonique de fidèles selon les dispositions